Sur
http://universaliste.ouvaton.org/IMG/pdf/univ70_esperanto.pdf
L'ESPERANTO va apparaître de plus en plus comme la contre-culture opposée par les
opprimés au système dominant. N'oubliez pas que l'on apprend 10 fois plus vite l'espéranto
que n'importe quelle autre langue, y compris l'anglais. Ce langage est le moyen idéal de
communiquer avec des êtres humains partout dans le monde. Autre avantage : quelle que soit
la nation, les espérantistes représentent en général des individus très proches de nos
conceptions, des samideanoj, bref, des gens ouverts, des universalistes. Rappelons à ce sujet
que, du 28 au 30/7/98, juste avant le prochain congrès mondial espérantiste de Montpellier,
doit se tenir une Rencontre internationale : le forum international des groupes d'échange
non monétaires où seront présents des représentants des Systèmes d'Echange Local (SEL, en
français, mais également RES ou LETS pour les anglo-saxons, WIR pour les Allemands,
etc...) Une participation des distributistes est prévue. Dans nos prochains n° nous suivrons de
près les préparatifs de cette manifestation à laquelle le RU ne peut que s'associer.(15 février
1998, n° 5).
DU LOCAL À L'UNIVERSEL À l'appel de l'association SIKA ESPÉRANTO, du 28 au 30
juillet 1998, au CIEPAD (Viols le Fort, Hérault), plus de 70 personnes venant de pays
différents (Japon, Lituanie, Angleterre, Ecosse, Allemagne, Italie, Madagascar, etc.) se sont
retrouvées pour parler des réseaux d'échange non monétaires (SEL, LETs, etc.) Bien qu'ayant
une implantation et une action locale, ces groupes n'ignorent pas le caractère mondial,
universel, des phénomènes d'exclusion auxquels ils tentent de pallier. Outre le français,
l'espéranto, moyen de communication, aisé, international et démocratique, a été largement
employé au cours de cette réunion qui a permis de nouer de fructueux contacts. De nombreux
espérantistes qui les ignoraient ont découvert ces réseaux dont de nombreux membres,
réciproquement, ont pu faire connaissance avec l'espéranto, symbole majeur, universel, de
l'échange équitable entre les peuples. Voilà le type même d'échange constructeur. Grâce au
succès de cette rencontre, une prochaine session devant se tenir à Berlin juste avant le
prochain congrès mondial esperantiste est d'ores et déjà programmée. Tous
renseignements chez René Ballaguy, 12 rue du Cdt Cousteau, 95000 BOISEMONT tel/fax :
01 34 42 30 27 <rene.ballaguy@hol.fr, ou Emile MAS, 47 190 Galapian. Tel/fax : 05 53 87
29 78 <espergala@wanadoo.fr> (1er septembre 1998, n° 16 ).
La réunion SIKA (SEL et espéranto) de Montpellier n'a pas plu à tout le monde. Un des
participants, défenseur de la pureté du mouvement des systèmes d'échange local - lequel,
d'après lui, “n'a que faire de prosélytes confus” -, a critiqué cette expérience en déplorant le
mélange d'objectifs différents aboutissant, selon lui, à une “confusion”. Nous trouvons très
sympathique, au contraire, cette “confusion” (n'oublions pas que le terme contient “fusion”)
qui est nécessaire à l'exploration de toutes les formes sociales nouvelles. Et nous n'hésitons
pas à crier “Vive le prosélytisme !”, s'il s'agit de faire connaître des idées, des expériences qui
nous tiennent à coeur ... à condition, bien sûr, que celui-ci soit débarrassé de toute agressivité
possible (15 septembre 1998, n° 17).
Madame,“(...) L'anglais est la langue universelle d'aujourd'hui”, écrivez-vous (Nouvel
Observateur, n° 1768, courrier des lecteurs). À peu près autant que le dollar est la monnaie
“universelle” d'aujourd'hui, que l'ONU, le FMI, la banque mondiale, sont des organismes
“universels”.. Pour se rapprocher de la réalité ne conviendrait-il pas de préciser que toutes
ces institutions tendent vers l'universel mais sont loin d'y accéder. Elles ne sont, en fait, que
les instruments d'une minorité privilégiée. L'espéranto, infiniment plus accessible que la plus
aisée de toutes les langues (y compris l'anglais), plus démocratique, sans rien perdre de sa
précision bien au contraire (de nombreux scientifiques à travers le monde y sont favorables et
le pratiquent), est de ce point de vue, par cette vocation, bien plus universel, quand bien même
son usage serait encore minoritaire... Mais il progresse, l'idée avance... D. Kessous, 1/10/98.
NB. cette lettre adressée le jour même au Nouvel Observateur n'a pas été publiée (1er
novembre 1998, n° 20) .
Askhelon, Israël. Deux Russes, nouveaux immigrants, sont attablés à un café en train de
causer. Ils sont pris à partie par des voisins de table parce qu'ils parlent trop fort et en russe.
La querelle dégénère et un des Russes se fait poignarder. Il meurt. Les deux avaient pourtant
quitté la Russie pour fuir l'antisémitisme, disaient-ils (France Inter, 17/11, 7h55). Par une
ironie de l'histoire c'est l'antisémitisme et l'incompréhension entre les différentes ethnies de
sa ville qui, dès son plus jeune âge, donnèrent à Zamenhof l'idée de créer l'espéranto (1er
décembre 1998, n° 22).
“Il est flagrant que, malgré tous les obstacles dressés, l'humanité se dirige en sang et par la
contrainte, vers une unité de plus en plus intime”. E. Lanti. 1923 (traduit de l'espéranto)
(janvier 1999, n° 24).
La SAT (Sennacieca asocio tutmonda), association mondiale anationale, est une
organisation dont nous avons parlé ici à plusieurs reprises. Son but statutaire : conduire
l'humanité au plus haut degré possible de culture et de civilisation, ne peut être que partagé
par les universalistes, toutes tendances confondues. Bien qu'elle soit une association
culturelle et non politique, la SAT met en relation des militants du monde entier et de toutes
tendances politiques. Sa langue de travail est l'espéranto. Le 74ème congrès de SAT, qui est
intervenu à Nagykanizsa (Hongrie) du 14 au 20 juillet 2001, a rassemblé 176 personnes
provenant de 27 pays des cinq continents. Dans sa déclaration finale, le congrès condamne
notamment “toutes les oppressions contre les ethnies et les peuples”, “toute forme de
nationalisme” ainsi que “la volonté tendant à gouverner le monde au profit de quelques riches
couches de tous les peuples”. Soulignons que, bien qu'elle ne soit pas une organisation
politique, la SAT comporte des fractions, certaines étant politiques (communiste ou
libertaire). Signalons à ce sujet la réanimation de la fraction anationaliste de SAT, laquelle
dans sa nouvelle résolution, après avoir noté que “le nationalisme et le capitalisme ont été les
faits dominants du dernier siècle”, soutient que “la concurrence existant entre nations est
apparentée à celle qui oppose les entreprises” et que “en aucune manière les frontières ne
correspondent rationnellement aux cultures, aux ethnies, aux langues ni aux religions”. La
fraction anationaliste entend lutter pour le droit à l'autodétermination, non pas de tous les
peuples (slogan nationaliste), mais de chaque individu (pour info: SAT, 67 av Gambetta,
75020 PARIS).(juillet-août 2001 n° 52)
Lors d'un discours prononcé aux États-Unis, Margaret Thatcher attaque ainsi la France qui
refuse de s'aligner sur le modèle Atlantique : “Au XXIème siècle, le pouvoir dominant est
l'Amérique, le langage dominant est l'anglais, le modèle économique dominant est le
capitalisme anglo-saxon” (Marianne, 31 juillet 2000). La dame de fer rejoint ici David
Rothkopf, directeur du cabinet Kissinger Associates qui déclare : “Il y va de l'intérêt
économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue
commune, ce soit l'anglais; que, s'il s'oriente vers des normes communes en matière de
télécommunications, de sécurité et de qualité, ces normes soient américaines; que, si ses
différentes parties sont reliées par la télévision, la radio et la musique, les programmes soient
américains; et que si s'élaborent des valeurs communes, ce soient des valeurs dans lesquelles
les Américains se reconnaissent” (Praise of Cultural Imperialism, 1997). L'“Anglo-American
Conference Report 1961”, document anglo-U.S. soigneusement caché au public, préconise
entre autre que “(...) l'anglais, par la vertu de son usage et de ses fonctions, deviendra la
langue primordiale. Ce centre (de l'anglais) (...) ne devrait pas tolérer de résistance contre le
règne de l'anglais” (in. Robert Philippson, Linguistic Imperialism, Oxford University Press).
Les extraits précités, compilés par Henri Masson pour SAT-Amikaro, donnent un aperçu
intéressant des enjeux qui se cachent derrière cette anodine pénétration de l'anglais qui se
poursuit aujourd'hui. Ainsi, dans la série nous sommes tous américains lancée par son
directeur au lendemain de l'attentat du 11 septembre, Le Monde publie à présent (à partir des
14-15/4/01) un supplément hebdomadaire du New York Times en anglais. Les 90% de
lecteurs qui ne peuvent déchiffrer cette langue apprécieront. Ce processus d'autovassalisation
que l'on observe face à l'anglais peut même aller jusqu'à l'auto-mutilation.
Philippe Pons (Le Monde, 19/04/02) relève ainsi pour la Corée du sud, “une frénétique
propension des parents à faire apprendre l'anglais à leur progéniture dès le plus jeune âge. Au
prix souvent de sacrifices financiers énormes, d'un apprentissage insuffisant de leur propre
langue maternelle et, parfois même, d'une opération chirurgicale de la langue afin de
rendre celle-ci plus agile à prononcer certains sons étrangers”. Un nombre croissant de
cliniques sont ainsi spécialisées dans une opération qui consiste à couper le repli médian de la
muqueuse de la langue afin d'accroître l'extension de celle-ci”. Le journaliste note que “les
linguistes critiquent cette frénésie qui se traduit par un appauvrissement de la connaissance du
coréen sans pour autant que l'enfant parle bien l'anglais”. Si l'exigence d'une langue
véhiculaire universelle et accessible s'impose aujourd'hui plus que jamais, l'anglais ne semble
pas en mesure de s'imposer, guère plus, du reste, que les autres grandes langues nationales.
(avril 2002, n° 60)
Et pour quelques fractions de pourcentage...
Au début, le mouvement Europe Démocratie Esperanto (E.D.E.) n'était qu'un simple projet
né, il y a deux ans environ, dans la tête de
Christian Garino, un passionné de la région de
Chambéry. Peu à peu l'affaire a pris de l'ampleur. Grâce à Internet, notamment, des contacts
ont été pris, des échanges de vues ont permis d'évaluer toute l'ampleur des difficultés
existantes : matérielles, légales, financières... d'envisager leurs solutions. Enfin, le
21/10/2003, la fédération EDE a été fondée. Dès cette date, le but de ce mouvement a été
clair : faire avancer la démocratie au niveau européen en proposant l'adoption d'une langue
véhiculaire commune, neutre et non hégémonique : l'Espéranto. Des débats, en nombre
croissant, ont eu lieu sur Internet ; aux anciens, ceux-ci faisaient un peu penser à ce qu'ils
avaient vécu en mai-juin 1968. Cependant, l'ensemble du mouvement espérantophone
français n'a pas suivi, et pour de multiples raisons : par ce que, à l'extrême gauche, les
libertaires, radicalement opposés à l'électoralisme, s'abstiennent en toutes occasions ; que de
nombreux espérantophones, encartés dans différents partis (communistes, ou plus à droite)
préfèrent réserver leurs suffrages à ces mêmes organisations ; qu'une forte tradition existant
au niveau mondial (nommée ra mismo) a abandonné toute idée d'ouverture sur l'extérieur et
privilégie le mouvement interne ; que certains encore, qui font du lobbying en direction des
partis politiques (à Bruxelles notamment), estiment que EDE ruine leurs effort en
concurrençant ces mêmes partis (la réponse à cette dernière assertion est évidente : les grands
partis traditionnels, pour grapiller quelques voix, ont toujours fait des déclarations, voire
déposé des propositions de loi, en faveur de l'espéranto... lorsqu'ils étaient dans l'opposition ;
parvenu au pouvoir les promesses étaient oubliées). Pourtant, malgré cette hostilité générale,
EDE a fait son chemin. Des fédérations ont été créées sur la France entière, des fonds
rassemblés, des milliers d'affiches collées, des centaines de milliers de tracts distribués... Le
mouvement EDE a réussi à rassembler autour de lui de nombreux militants, même non
espérantophones, simplement conquis par l'idée. Le résultat certes a été bien maigre : à peine
0,2 % dans le meilleur cas, entre vingt et trente mille suffrages sur la France entière : c'est tout
juste le nombre d'espérantophones. Mais l'extrême-gauche ne faisait guère mieux il y a vingt
ans, lorsqu'elle s'est lancée. Il reste que ce coup d'essai a été très positif : des militants venant
d'horizons différents ont appris à se connaître, des milliers de messages Internet ont été
échangés, une structure a été créée qui se promet bien de renouveler l'opération dans cinq ans,
mais cette foi au plus large niveau européen, avec cette utopie de base : et si, au départ, avant
même d'examiner tous ces problèmes politiques et économiques qu'il nous faudra
inéluctablement solutionner, nous adoptions une langue commune, une deuxième langue pour
tous ? A tous ceux qui se sont lancés dans la bataille, nous lançons ce message : ne vous
laissez pas désarmer par les prétendus “réalistes” qui de toutes parts, de l'extrême-droite à
l'ultra-gauche, vous critiquent, qui occultent votre existence le plus souvent, persévérez dans
vos projets : soyez réalistes, vous-aussi, demandez l'utopie, elle finira par se concrétiser !
(juin 2004, n°70)